Vide

Total : 0,00 €

Nunc nº3

Edition standard
Dossier consacré à:
Avec des oeuvres de:
17,00 €

Présentation

Liminaire

Liminaire

Maintenant

Il est temps. Le temps est venu. Nous n’avons plus le temps.

Légion sont ceux qui se comptent et resserrent leurs rangs ; légion les blocs qui s’agencent et s’entrechoquent, les camps qui se délimitent et s’assènent invectives cinglantes et sanglantes. Autant de remembrements précaires d’un monde que d’aucuns assuraient déconstruit et que d’autres prétendent encore déconstruire. Les lignes de faille anciennes jouent à nouveau un jeu qui ne nous séduit guère. Les devises au pinacle des faux temples désertés, les codes identitaires qui comblent la vacuité des idéologies, sont des coquilles vides, d’un vide destructeur : il s’agit toujours d’exister contre les autres, d’accaparer la grâce, de concentrer ailleurs le mal universel. Serons-nous Juifs ou Grecs, circoncis ou incirconcis, impériaux ou barbares, esclaves ou hommes libres ? Nous ne choisirons pas car nous sommes appelés à être tout à tous. Et nous préférons les stigmates de nos identités blessées et rapiécées, aux petits chiffons rouges des croisés de l’identitaire.

Nous devons lire avec attention le temps de ce jour et ce qu’il enseigne : si au nom des idoles communautaristes on massacre à pleines tombes, l’absence de fondements n’est pas plus garante d’altérité et de liberté et nous empoisonne tout aussi sûrement. Bien plus, n’est-ce pas ce nihilisme qui se fait le lit des enrôlements guerriers ? Ne dites pas que la foi est à l’origine de ces guerres, de ces actes de terreur, ou bien renoncez à comprendre ce qu’elle est.

Le temps presse et nous manque.

Chaque instant nous rappelle l’urgence d’un choix : non entre tel ou tel camp, mais entre folie et sainteté. Maintenant. Nous ne pouvons nous offrir le luxe suicidaire des discours et des métadiscours, des palimpsestes infinis, du narcissisme bien ordonné. Une certaine profondeur atteinte, il n’y a plus de distraction possible, de demi-mots. Et notre temps, ce temps brisé et ouvert, est essentiellement de cette profondeur-là. Le temps presse et nous manque. Ni la culture, ni la littérature, ni les confessions, ni l’éthique, ni la révolution ou l’expertise ne peuvent nous sauver, à peine nous maintenir la tête hors de l’eau.

Aux boucliers, aux bannières identitaires idolâtres et exclusives, aux nihilismes qui se dressent, offrons, libres, le serpent d’airain :

Il a annulé le document accusateur que les commandements retournaient contre nous, Il l’a fait disparaître, Il l’a cloué sur la croix, Il a dépouillé les Autorités et les Pouvoirs Il les a publiquement livrés en spectacle Il les a traînés dans le cortège triomphal de la croix (Col. 2,15).

Qui connut la chance de s’élever sans ombre au-dessus de lui ?

La croix n’est pas une bannière parmi les autres. Certes, mille fois des hommes ont voulu en faire un signe de division, une marque d’appartenance, et mille fois aujourd’hui d’autres hommes en font une idole. Or la croix, nouvel Arbre de Vie, ni d’Orient ou d’Occident, ni du Nord ou du Sud, déchire et dépasse toute frontière culturelle, toute limite religieuse : la croix n’est pas chrétienne, mais christique. La croix appelle et brise toute culture et toute confession pour les ouvrir et les accomplir. Nul ne peut prétendre mettre la main dessus, si ce n’est une main clouée. La croix est pour nous un appel à ne pas choisir, à se faire juif avec les Juifs et grec avec les Grecs, à évider nos racines pour accueillir la nouveauté de l’Esprit et y dresser trois tentes d’hospitalité pour l’étranger. Par elle tout nous appartient, car nous nous sommes faits l’esclave et l’élu de tous.

Il est aussi pour Nunc le testament de Paul. Toi, cependant, sois sobre en toutes choses, évite les bavardages impies, les querelles de mots, la pseudo-science, demeure ferme dans ce que tu as appris, confie-le à des hommes qui seront eux-mêmes capables de l’enseigner à d’autres. Ô Timothée, garde le dépôt.