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Nunc N°11

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Dossier consacré à:
Avec des oeuvres de:

Présentation

Liminaire

Liminaire

Andreï Tarkovski ou l’art comme une prière.

Franck Damour

 

Pour la première fois, Nunc consacre l’intégralité d’un numéro à une figure. Qu’il s’agisse de Tarkovski n’est sans doute pas un hasard. Il y a bien entendu une occasion : voici vingt ans le génial réalisateur russe en exil mourrait à Paris d’un cancer des poumons. Il y a aussi des parcours : Tarkovski appartient à la sphère de Nunc, il a marqué le chemin de certains des rédacteurs, il est souvent resurgi au fil des rencontres provoquées par la revue, si bien qu’un des adjectifs possibles pour qualifier la revue pourrait être tarkovskienne, ou stalkienne. Cette affinité mérite explicitations.

Tarkovski est d’abord un homme de la verticalité, il est porté par le souci que l’homme n’est non seulement achevé, mais tout simplement rendu possible qu’à la condition de méditer, penser, décliner son intime transcendantalité. Ensuite, il s’est confronté au long de sa vie à des questions que Nunc ne considère pas comme mortes, « has been », éculées, comme un nihilisme de paillettes et de misère morale le laisse entendre : le sens de l’art, de la puissance créatrice de l’homme ; l’énigme de la beauté ; la fonction morale, éthique de l’artiste. Homme inspiré, Tarkovski nous provoque enfin dans la question de la dimension religieuse : qu’est-ce qu’un enracinement religieux, qu’un héritage culturel ? De culture chrétienne, Tarkovski n’est pas pour autant simplement chrétien, et on ne saurait impunément lui apposer l’étiquette d’« artiste chrétien ».

Enfin dernière pierre pour expliciter ce qui peut l’être, Tarkovski n’est pas simplement un cinéaste, et son père, le poète Arseni Tarkovski, l’avait idéalement défini : « ce ne sont pas des films que tu fais ». Ces films posent la question de la nature de la poésie, de ce qu’est une œuvre poétique. Aussi avons-nous choisi de tendre ce numéro par la récurrence de la voix poétique d’Arseni Tarkovski, en écho aussi à cette récurrence des poèmes du père dans les films du fils. Tarkovski qui s’est toujours efforcé de cerner la nature exacte du cinéma (un art qui sculpte le temps) en a aussi en même temps touché si bien les limites que ses films pourraient aussi bien être considérés comme de purs poèmes, tantôt lyriques, tantôt oniriques, jamais discursifs.