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L'un naît au creuset du pluriel

Michel FEDOU, La voie du Christ, Cerf 2006

L’ouvrage pourrait paraître plutôt austère : en effet, l’auteur nous invite à suivre la quête christologique des penseurs chrétiens entre le IIème et le IVème siècles, bien avant les formulations des conciles œcuméniques. On craint la synthèse pieusement érudite, la table des matières égraine les étapes classiques de cette littérature. Mais l’introduction pique la curiosité : Michel Fédou explicite son projet de replacer cet effort de pensée dans son horizon méditerranéen, celle d’un « paganisme » foisonnant des doctrines mythologiques, des pratiques théurgiques, de la tradition gréco-égyptienne, du mazdéisme, des « philosophies » dont Pierre Hadot a bien montré la dimension pratique et rituelle, foisonnement qu’il faut aussi élargir au judaïsme entre diaspora alexandrine, judaïsme rabbinique, et les multiples groupes du « judéo-christianisme ». Bref, Michel Fédou entend observer la façon dont des penseurs chrétiens ont formulé l’universalité du Christ au sein d’une pluralité de religions et de cultures. Question contemporaine s’il en est, et pas uniquement pour les chrétiens : ce n’est pas uniquement l’affirmation du Christ unique médiateur qui peut trouver un écho, mais tout simplement celle d’un universel. Les aléas de cette pensée, entre Egypte, Palestine, Grèce et Italie, illustrent de façon exemplaire que l’universel ne peut s’en tenir à une formulation univoque : la « voie du Christ » prend tour à tour la forme de lettres, d’essais, d’homélies, de commentaires, de poèmes, d’hymnes, de récits de vie, une telle variété de langage entendant répondre à celle des langues. Bien plus, cette pluralité des formes littéraires ne fait que refléter l’unité profonde, pour reprendre les termes de l’auteur, entre « une apologétique, une dogmatique et une spiritualité » : il est impossible de formuler un universel si c’est pour le conserver pour soi et s’il n’implique pas un style de vie. De la visée naît une intelligence, et celle-ci augmente le désir de la partager. La pluralité des voies de la pensée stimulée par celle des cultures parvient à formuler un universel : sans ces pluralités, que serait le dogme chrétien ? Ce livre montre qu’il ne peut être un viatique que s’il sait se risquer, s’il sait retrouver sa créativité initiale dans la provocation du monde.

Franck DAMOUR

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