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La vie à l'endroit

Olivier Clément, L’autre soleil, Paris, DDB, 2010

Olivier Clément a atteint la cinquantaine lorsqu’il décide de relire son parcours de converti, depuis un héritage familial qui mêlait un agnosticisme républicain à un socialisme encore vert de sa racine biblique jusqu’à la rencontre improbable avec la spiritualité orthodoxe, en passant par l’exploration des religions orientales, de l’ésotérisme occidental (dans sa version la plus noble) et des ressources métaphysiques de la poésie. Il s’agit pour lui non de raconter sa vie, mais de narrer l’histoire de Dieu dans sa vie, une « autobiographie spirituelle » donc, loin de tout égotisme, disant dans la chair même de son histoire personnelle les voies d’une possible histoire spirituelle du XXe siècle. Ce texte était épuisé depuis longtemps, et il faut saluer sa réédition, complétée de quelques textes d’hommage d’Andrea Riccardi, Boris Bobrinskoy et Dominique Ponnau, et surtout de quelques notes écrites par Olivier Clément les dernières années de sa vie, dressant un état des lieux de ce que cette vie lui a appris : des noms d’écrivains, de théologiens, de musiciens ou de peintres ; un bilan de son travail de théologien, comme orthodoxe, comme intellectuel chrétien ; et le souci constant, moteur, de la communion. « Aimer le visage du Christ que l’autre pressent et célèbre ». L’autre soleil est un récit, d’une écriture précise, dense, parfois lyrique, un récit à hauteur de visages d’un des grands convertis du XXe siècle, adolescent dans les années 30, Résistant pendant la guerre, au carrefour des quêtes intellectuelles et spirituelles des années 40. Si certains noms ou références échapperont peut-être aux plus jeunes, le texte n’a pas pris une ride, n’a rien perdu de sa force paisible, de sa poésie de prophète. La raison en est simple : Olivier Clément, en l’écrivant, souhaitait retrouver le regard de l’enfant qu’il avait été, souhaitait faire renaître en lui l’enfant qu’il demeurait sous le regard de Dieu. Il aimait souvent dire qu’il se représentait le jugement dernier comme le regard d’un enfant sur sa vie.

Franck DAMOUR

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