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Gilles A. Tiberghien : Notes sur la nature, la cabane et quelques autres choses (Le Félin, 2014)

Au long de voyages et de ces travaux sur l’esthétique des paysages, l’auteur a collecté des notes sur les cabanes, sur la singularité de ces constructions à la marge de la nature et du civilisé, dans les pas de Thoreau, Cavell, Kawamata, Wiitgenstein, du Vernont à Sognefjord, mais aussi dans ceux d’anonymes qui construisent des cabanes pour survivre ou pour vivre. La cabane n’est pas une maison en réduction, elle est née du tressage, de l’assemblage, elle est mobile par essence, et en cela « la cabane a quelque chose à voir avec le corps que nous sommes, la maison avec le corps que nous avons » (p. 44). 

Corps vulnérable, en constante négociation, porte sur la nature, corps au milieu de l’air, lieu d’isolement mais aussi de révélation, de conversion car la cabane est passage. Mais la cabane est aussi un lieu révélateur de la nature des lieux, notamment de la nature de la ville, comme l’analyse des cabanes cachées dans les villes le montre : leur présence atteste que la ville ne chasse pas la nature, ne se construit pas hors d’elle. Bien plus, « la nature est le monument invisible que la ville ne cesse de construire » (p. 98).  La cabane est une construction qui a part avec la caméra mais aussi avec les livres, ou plutôt « les livres qui nous marquent le plus sont des cabanes mentales susceptibles de donner à nos pensées la mobilité des voyageurs et la force envoûtante des mots aux ramifications sans fins » (p. 124). Ce sont de telles ramifications que ce livre propose, nourri d’une patiente érudition, étayé de nombreuses photographies. Vous pouvez le lire d’une traite, ou par incursion, vous aurez le sentiment d’arpenter un jardin aux détours riches de sens. 

Franck DAMOUR

 

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