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Jean Mettelus

Jean Métellus, Braises de la mémoire, Poème, Les éditions de Janus, 15 euros. 2009.

C’est dans le cadre d’un triptyque que se compose ce nouveau recueil poétique de Jean Métellus autour de mono titres, « Haïti », « Les mots » et « Humeurs ». Nous reconnaissons immédiatement le poète passionné et critique, engagé et lyrique, associant l’effervescence à la douleur au nom d’une île originaire sans cesse invoquée avec des images foisonnantes dans la fièvre de la parole poétique. Les mots sont soulevés par la force de suggestion conduite par la passion même de celui qui se souvient de l’espace duquel il s’est expatrié. Haïti est d’ailleurs plus qu’un espace, c’est une respiration à elle seule. Métellus l’appelle, la rend présente en un seul mot proclamé en première place et en anaphore. Haïti devient comme le centre du monde intime de ce poète, inoubliable, remémorée dans tous les sens et par tous les sens. Cette île est une incantation à elle seule. Haïti est le « reposoir de [ses] sens ».

Haïti,

Chanter son charme magique (…)

Avec quelques mots seulement, le lecteur se retrouve embarqué dans le rythme de l’invocation et de la vénération. Cette île natale lyrique offre des images dont l’impact sonore et visuel marque la mémoire. Elles associent ce qui est le plus matériel au plus abstrait.

Je brûle les murailles de la colère

Les remparts des mensonges

Et me rue sur tous les délires

Avec une fièvre nourricière.

Une véritable force langagière se dégage de cette île portée en soi jusque sur les terres occidentales. Elle porte la violence de la révolte, celle qui se braque contre le passé en épousant le pas des révoltés d’antan combattant la colonisation, ces esclaves venus d’Afrique et auxquels s’identifie le poète par superposition directe à travers la première personne : Je suis parti d’Afrique avec des yeux de soleil. Dans le registre à vif des plis de ma mémoire Des éclairs brassent un maelström d’images et de rêves Musiques cacophoniques de claviers fous.

Déchirante est cette colère vis-à-vis du passé comme du présent. C’est pourquoi « le poète panse ses blessures à l’alcool des mots. » Alcool est le terme qui convient à la liberté de parole de ce poète car elle brûle l’âme et le corps, les met en ébullition sans même avoir besoin de partager sa négritude. Lorsque certaines écritures poétiques sont plutôt faites pour être chuchotées, celle de Métellus semble avant tout faite pour être proclamée à haute voix, appuyée, virulente, tendue sur un fil qui se déroule au devant. Les vers définissant le mieux cette poésie pourraient donc être ceux-ci :

Le jour s’élance

Dans le domaine immense d’un verbe toujours en transe. « Missionnaire » de ce verbe, Jean Métellus se charge non seulement de sa propre survivance et vitalité mais offre au lecteur et à tout peuple un fil d’union jusqu’au chant qui est « la gloire des signes », le puits même de l’humanité, de la connaissance et de la quête.

De sa plume jaillissent des mots impatients et têtus

Ivres de sacrifices et d’offrandes

Ils assaillent le sommeil

Embellissent le projets (…)

Serait-ce parce que le poète est un grand angoissé que les mots se présentent à lui comme un baume, un apaisement tout autant qu’une effervescence ou une excitation ?

Chant profane ou sacré

Essence de la transe

Charriant déréliction ou sérénité.

Le souvenir de son pays tend à devenir intemporel. L’imparfait ne nous situe plus à aucun moment précis dans ce « fil de la lumière » qu’est le verbe. L’énergie du verbe mène tout l’espoir que le poète porte à l’égard de l’humain. « Résist[ant] aux ténèbres », il conserve une foi indéfectible. Si les mots hantent Métellus, c’est parce que toute son île et toute son origine l’ont imprégné, poursuivant ses jours et nuits occidentales. Torture, faim, exploitation sévissant au cours des siècles passés ont semé la rage de vivre et ont « voué » le poète « à la parole », cette prière profane qui mesure la perte et continue d’espérer.

Nelly Carnet

 

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