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Un exemple de la complexité et diversité de la pensée musulmane contemporaine

Gamâl Al-Banna, L’Islam, la liberté, la laïcité suivi de Le crime de la tribu des « Il nous a été rapporté », traductions de Dominique Avon et Amin Elias, L’Harmattan, 2013, coll. Comprendre le Moyen-Orient.

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 La pensée musulmane contemporaine n’est pas homogène » nous avertit la quatrième de couverture de ce livre détonnant et passionnant. En effet, les clichés actuels dressent des murs et isolent les pensées, surtout en ce qui concerne l’islam et la pensée musulmane. Ce livre vient ouvrir des brèches salutaires dans ces murs. Peut-être que, comme moi, vous ne comprendrez pas toutes les subtilités et allusions de la pensée de Gamâl Al-Banna. Peut-être que les oppositions parfois réductrices vous irriteront. Il ne faut pas se décourager, prendre le risque de se plonger dans ces pages, aidé par la substantielle introduction des traducteurs, car on ressort réconforté : non, le dialogue entre des esprits pleinement inculturés n’est pas impossible ! Lire Gamâl Al-Banna apporte un vrai souffle de liberté. Cela a d’autant plus de valeurs qu’il ne s’agit pas d’un intellectuel musulman occidentalisé, mais d’un homme qui a toujours lutté en Égypte pour la liberté sociale, politique, culturelle de son peuple, s’opposant aux dirigeants corrompus, dénonçant les islamistes, critiquant la fascination pour le modèle occidental. Voilà l’occasion de lire une altérité véritable, combattante et ouverte. Les deux livres réunis ici traitent pour le premier de la liberté de pensée, que l’auteur défend contre un pouvoir de plus en plus intolérant, une liberté qu’il enracine dans le terreau de l’Islam et dont il fait aussi la condition première pour que l’Islam puisse donner naissance à une société « juste », bref une justification et défense de la liberté sur d’autres bases que celles couramment pratiquées. Le second propose une critique des hâdith – ces paroles et actions de Mohammed rapportées et rassemblées en recueil, qui constituent comme une glose enveloppant le Coranà partir des hâdith, un « exercice de libre érudition [qui] heurte frontalement un discours pluriséculaire dans toutes les sociétés majoritairement musulmanes » : en effet, l’auteur déconstruit la façon dont les hâdith ont été rassemblées par cette « tribu des ‘‘Il nous a été rapporté’’ », des commentateurs au service du pouvoir. Ces deux livres montrent la liberté de ton et ouvrent des perspectives peu communes. 

Franck Damour 

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