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Florian Rodari : Victor Hugo précurseur a posteriori.

Florian Rodari, Victor Hugo, précurseur a posteriori, Editions URDLA, 2007 « L’Esprit de la lettre », Exposition à la Maison de Victor Hugo, Paris, place des Vosges, jusqu’au 3 février 2008

Cela fait plusieurs années déjà que Florian Rodari, poète, éditeur, critique, à qui l’on doit d’excellents livres sur Palézieux, Calvi di Bergolo ou Edmond Quinche, interroge l’œuvre dessinée de Victor Hugo. Après une exposition pionnière au Drawing center de New York, dont le très beau texte de présentation vient d’être traduit en français, l’écrivain nous propose une nouvelle et passionnante aventure place des Vosges : « L’Esprit de la lettre ».

En confrontant les dessins du poète, qui étaient destinés au cercle familial, avec des œuvres d’artistes du siècle suivant (Pougny, Ernst, Schwitters, Michaux…), l’enjeu n’est pas tant de montrer une quelconque influence des dessins hugoliens que d’explorer ce que la liberté moderne doit à ce mouvement obscur, à cette pulsation souterraine qui fait sourdre toute poésie vraie. L’art de Hugo était d’un travailleur enchaîné à son poste d’écriture. Art du hasard et du rêve, issu d’un retournement de plume, d’une tasse renversée, d’un morceau de dentelle improvisé pochoir, il ouvrait des routes. « Son activité s’exerce à la table, avec pour seuls instruments la plume, l’encre et le papier ; elle ne diffère guère des gestes accomplis par l’écrivain, et la distance de l’œil à la page est sensiblement la même », constate Rodari. Du lavis, du pliage, des taches naît tout un sabbat de lettres folles, monogrammes scellés, noirs gibets, aigles héraldiques, paysages fantômes, tel ce gigantesque Burg à la Croix que sculpte une lueur de flamme. Et cette nuit originelle et future nous est étrangement familière.

Antoine de Meaux

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