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Cahier critique

Raconter les noces de l’humain et du divin

Olivier Clément, Sources, DDB, 2008, et L’essor du christianisme oriental, DDB, 2009.

Les éditions Desclée de Brouwer (et singulièrement Marc Leboucher dont il faut saluer ici la fidélité éditoriale) ont heureusement entrepris depuis deux ans de republier quelques ouvrages épuisés d’Olivier Clément.

Qui a peur de la Bible ?

Annie Wellens, Qui a peur de la Bible ? Un manuscrit retrouvé. Préface de Sylvie Germain, Bayard, 2008

Une des qualités premières des faux est leur polysémie. Et le livre d’Annie Wellens est un faux, à un triple degré. Fausse la correspondance entre ce libraire et ce lecteur (qui ne se connaissent d’ailleurs pas, réunis par le simple désir d’aventure intérieure). Fausse l’édition de ce « manuscrit » perdu et retrouvé (par contre un autre manuscrit, réel celui-ci, ajoute à la polyphonie de l’ensemble). Faux l’apparent dilettantisme que la lecture des premières pages peut laisser penser : le ton qui se veut souvent espiègle, l’écriture allègre emportent le lecteur, non sans lui laisser des pages soudainement denses, des formules que l’on devine pesées et ruminées. Mais cette fausseté n’est ni manipulation séductrice, ni enrobage éditorial pour un propos qui pût paraître ardu : proposer une relecture des différentes interprétations de la Bible depuis quarante ans. La ruse de l’écriture n’a d’autres raisons d’être que de permettre au lecteur de pratiquer les principes de lecture du texte biblique qui y sont peu à peu énoncés, révélés. De permettre aussi à ceux qui ont franchi parfois à corps défendant certaines étapes de ces errances herméneutiques de les relire avec humour.

L’art délicat de la biographie

Cécile Rastoin, Edith Stein (1891-1942), Enquête sur la Source (Cerf, 2007) Claude Markovits, Gandhi (Presses de Sciences Po, 2000)

Le hasard des rayons de librairie m’a fait lire successivement deux biographies fort différentes l’une de l’autre, et tout autant riches d’enseignement sur ce que peut être une vie. Ecrire la vie d’Edith Stein et de Mohandas Karamchand Gandhi pose des difficultés similaires, une fois laissé de côté l’écart entre la renommée des deux personnes. Une des premières difficultés est d’échapper à l’hagiographie, et nos deux biographes ont bien pris soin de s’en démarquer dès l’introduction de leurs livres, mais aussi par leur méthode critique, soucieuse d’user et de croiser les sources, soucieuse aussi de se positionner au regard des autres biographies. Le biographe n’écrit jamais seul : le croire est source de graves désillusions, et même d’une faute plus sérieuse, nous le reverrons. L’autre difficulté est d’écrire la vie de deux fortes personnalités qui ont cherché la cohérence de leur vie. Cela s’entend de deux façons : d’une part parce que tant Edith Stein que Gandhi ont été portés à la cohérence de leur vie, sans cloisonner entre vie publique et vie privée, entre action politique et chemin spirituel ; d’autre part parce que par leurs écrits, leur image dans le cas de Gandhi, ils ont formulé cette cohérence.

L'un naît au creuset du pluriel

Michel FEDOU, La voie du Christ, Cerf 2006

L’ouvrage pourrait paraître plutôt austère : en effet, l’auteur nous invite à suivre la quête christologique des penseurs chrétiens entre le IIème et le IVème siècles, bien avant les formulations des conciles œcuméniques. On craint la synthèse pieusement érudite, la table des matières égraine les étapes classiques de cette littérature. Mais l’introduction pique la curiosité : Michel Fédou explicite son projet de replacer cet effort de pensée dans son horizon méditerranéen, celle d’un « paganisme » foisonnant des doctrines mythologiques, des pratiques théurgiques, de la tradition gréco-égyptienne, du mazdéisme, des « philosophies » dont Pierre Hadot a bien montré la dimension pratique et rituelle, foisonnement qu’il faut aussi élargir au judaïsme entre diaspora alexandrine, judaïsme rabbinique, et les multiples groupes du « judéo-christianisme ». Bref, Michel Fédou entend observer la façon dont des penseurs chrétiens ont formulé l’universalité du Christ au sein d’une pluralité de religions et de cultures. Question contemporaine s’il en est, et pas uniquement pour les chrétiens : ce n’est pas uniquement l’affirmation du Christ unique médiateur qui peut trouver un écho, mais tout simplement celle d’un universel.

Mort et Résurrection selon Emmanuel Falque

Emmanuel Falque, Métamorphose de la finitude. Essai philosophique sur la naissance et la résurrection. Cerf, 2004.

Emmanuel FALQUE, Métamorphose de la finitude. Essai philosophique sur la naissance et la résurrection. Cerf, coll. "La nuit surveillée", 2004.

Rowan Williams : l’artiste et la grâce.

Rowan WILLIAMS, L’artiste et la grâce. Réflexions sur l’art et l’amour , trad. Irène Fernandez. Ad Solem, 2011.

Rowan Williams est connu pour être l’archevêque de Canterbury, le chef spirituel des Anglicans. Mais avant d’occuper cette haute fonction religieuse, Rowan Williams a été poète et théologien, et ce petit et brillant ouvrage est là pour rappeler qu’il n’a pas cessé de l’être. Il s’agit d’une série de conférences prononcées par Rowan Williams dans le cadre des Clark Lectures, célèbres cours de Cambridge qui ont été assurés par T.S. Eliot, C.S Lewis, Richard Rorty ou encore Seamus Heaney. Ces conférences de Williams portent sur les rapports entre la pensée chrétienne et la pratique des arts. C’est surtout cette dimension pratique qui attire l’attention. En effet, Williams part du constat que si les théories esthétiques ne manquent pas, si les témoignages des artistes sur leur travail abondent, les premières se saisissent peu des seconds. Or une telle rencontre a eu lieu dans le passé et nourri les artistes : c’est celle de l’œuvre de Jacques Maritain, et notamment de son livre somme sur le sujet, L’intuition créatrice dans l’art et la poésie. Williams propose d’abord une lecture des thèses de Maritain, nées de la fréquentation de poètes et de peintres, dont son épouse Raïssa.

La théologie, une affaire commune

Au sujet de Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980, D. Avon et M. Fourcade dir

Dominique Avon et Michel Fourcade, sous la direction de, Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980, Colloque de Montpellier, juin 2007, Karthala, 2010.

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