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Philosophie

La raison du sensible

Corine Pelluchon , La raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique, avec Alain Durel, Perpignan, Artège, 2009.

Nous avions signalé tout l’intérêt de la démarche de Corine Pelluchon en recensant son livre L’autonomie brisée. Bioéthique et philosophie (Paris, PUF, 2009). Ce livre d’entretien vient à point nommer préciser les choses, s’intéressant autant à la démarche qu’à ses résultats notamment en clarifiant un point important pour éviter les malentendus : il s’agit avant tout de philosophie politique, et non d’éthique : « Je me suis intéressée à la bioéthique que parce qu’elle était un défi pour la philosophie politique, c’est-à-dire pour la démocratie et pour l’homme. Je m’intéresse à la bioéthique comme à un champ qui est un laboratoire pour la pensée » (p. 18). Le dialogue, bien mené par Alain Durel, explicite la redistribution des cartes entre éthique, politique et philosophie que Corine Pelluchon entend mener et qu’il fallait lire entre les lignes dans son ouvrage précédent.

DIx leçons de mots

Jean-Louis Chrétien : Pour reprendre et perdre haleine. Dix brèves méditations (Bayard, 2009).

Dix méditations. Dix mots. Dix leçons de mots, comme il y avait dans nos enfances et leur scolaire apprentissage des leçons de choses . Avons-nous besoin de leçons pour voir ce qui s’étale sous nos yeux, ou entendre les mots d’une langue familière parce qu’elle est la nôtre et n’a rien de savant ? C’est bien cela qu’il faut dire. Parce que les mots, fussent-ils les plus simples, ne signifient jamais que sous la menace d’une usure ou d’un oubli de leur propre sens, comme une lumière de loin venue qui, au moment où elle nous atteint, a perdu de son éclat. Mais aussi parce que cette menace est l’envers d’une promesse, celle de recueillir dans un mot toute une expérience où vient puiser ensuite notre vie : il est des mots qui peuvent devenir chemins d’existence (p. 9), il est bon que nous sachions nous y arrêter et leur prêter attention. Cette tâche est celle des poètes, mais ils ne sont pas seuls.

Pour une éthique (et une politique) de la vulnérabilité

Corine Pelluchon, L’autonomie brisée. Bioéthique et philosophie, coll. Leviathan, PUF, 2009.

Lorsqu’on lit un peu systématiquement les publications autour d’un thème, un effet de lassitude se fait sentir, aussi lorsqu’un ouvrage détonne et innove, il est d’autant plus remarquable. C’est le cas de cet essai consistant de Corine Pelluchon qui de « philosophe » n’a manifestement pas usurpé le titre. Je ne voudrais pas ici donner un résumé complet de sa démarche, j’en indiquerai quelques étapes clefs et je me permettrai de renvoyer aux nombreux compte-rendus accessibles en ligne (par exemple celui de la revue électronique La vie des idées). Cela me permettra de souligner ce qui fait l’originalité de sa démarche et les enjeux qui me paraissent cruciaux.

Du Dieu des chrétiens – et d’un ou deux autres

Rémi Brague : Du Dieu des chrétiens – et d’un ou deux autres (Flammarion, 2008)

Qu’est-ce que (le) Dieu (des chrétiens) nous a dit ? – Tout. Que nous demande-t-il ? – Rien. Que devons-nous penser de lui ? – Un peu moins d’idées convenues pour le connaître un peu mieux. … Ce pourrait être le liminaire d’un moderne écrit qui réserve bien des surprises à ses lecteurs. Plus d’un, j’imagine, prêt à souscrire à tel chapitre, s’emportera à tel autre, dont il jugera le paradoxe trop fort pour son entendement, ou son catéchisme. Après tout, nous voulons bien reconnaître l’imperfection de nos concepts et la défaillance de notre savoir quand il s’agit de Dieu, pourvu que cet aveu d’humilité soit prononcé en gros, et consiste à se moquer du Dieu des philosophes et des savants, c’est-à-dire avant tout, chacun l’aura compris, celui des autres, la satire laissant indemnes quelques images bien connues auxquelles nous restons attachés, en tout bonne foi s’entend (mais les lecteurs d’un ouvrage de Rémi Brague ne peuvent être que de bonne foi). Ce petit livre a l’écriture alerte invite à réviser quelques-unes de ces images précisément. Tâchons de donner quelque idée de cet ouvrage qui ne fait que cela, « essayer » quelques idées.

Jean-Louis Chrétien : Répondre

Jean-Louis Chrétien, Répondre. Figures de la réponse et de la responsabilité. (PUF, 2007)

Voici ce que nous pouvons lire dans la Vita Nova, au moment où Béatrice est sur le point de mourir et Dante de devenir l’immense poète qu’aujourd’hui il est : « Il me parut avoir envisagé un matériau trop noble pour moi, si bien que je n’osai commencer. Et ainsi demeurai-je quelques jour avec le désir de dire et la peur de commencer » (.Traduction Mehdi Belhaj Kacem, Gallimard, 2007). Les mots sont de Dante, ils pourraient être de tout écrivain qui, entre l’infini des possibles à écrire et la haute exigence de l’œuvre, ne sait par quoi effectivement commencer, et dans ce non-savoir se surprend à trembler. Entre désir et peur, entre l’infini du possible et le premier réel, mais aussi entre le commencement et ce qui le devance, nous devinons ce battement de temps dans lequel se joue l’aventure de l’œuvre. A moins que ces mots soient ceux de tout un chacun faisant son métier d’homme, vivant tenu à une parole.

Qu'est-ce qu'un corps ?

Stéphane Breton (dir.), Qu’est-ce qu’un corps ? Musée du quai Branly/Flammarion, 2006.

Au musée du quai Branly, étonnante maison-jardin qui célèbre les arts premiers à quelques encablures de la Seine, une exposition s’est brillamment saisi d’une question aussi simple d’apparence qu’elle nous laisse silencieux dès qu’il s’agit de dépasser les premières évidences. L’ordonnateur de l’exposition, l’ethnologue Stéphane Breton, nous propose un voyage entre quatre lieux – l’Afrique voltaïque, l’Europe occidentale, la Nouvelle-Guinée, l’Amazonie –, qui permettent de décliner les différentes façons qu’a l’homme d’habiter, de percevoir et de faire évoluer ce qu’en Occident on appelle « corps ». Car le mot n’existe pas dans toutes les langues, et l’idée clef de l’exposition est que le corps est une invention occidentale : soyons clair, une invention chrétienne.

"Dès que la joie se lève..."

Jean-Louis Chrétien, La joie spacieuse. Essai sur la dilatation (Paris, Editions de Minuit, 2007)

« Dès que la joie se lève… » - mais se lève-t-elle ? De la joie, pouvons-nous dire qu’elle se lève, fût-ce au milieu de notre vie, comme le jour chaque matin se lève, nous délivrant des pesanteurs de la nuit pour nous rendre à l’allègement d’un monde à nouveau visible ? Dès les premiers mots du dernier livre de Jean-Louis Chrétien, nous devinons que ces descriptions de la joie se tiennent à l’extrême – l’extrême, non l’impossible – de ce que nous pouvons dire, et vivre : cette fragile venue de la joie dont nous savons aussi, ne le sachant que trop, qu’elle peut ne pas venir. Un précédent recueil, de poèmes cette fois, la nommait déjà, mais au prix d’une double violence : le pluriel de son titre, signe que nous possédons moins la joie dans sa simplicité que nous ne l’éprouvons, parfois, comme autant d’éclats, tranchants et brefs, et la mémoire, dans son titre aussi, du difficile passage qui peut nous y mener, chemin si abrupt que nous y reconnaissons à peine un chemin (Joies escarpées, Obsidiane, 2001).

Mort et Résurrection selon Emmanuel Falque

Emmanuel Falque, Métamorphose de la finitude. Essai philosophique sur la naissance et la résurrection. Cerf, 2004.

Emmanuel FALQUE, Métamorphose de la finitude. Essai philosophique sur la naissance et la résurrection. Cerf, coll. "La nuit surveillée", 2004.

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