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Littérature & Poésie

Gérard Bocholier, Le poème exercice spirituel (Ad Solem, 2014)

En intitulant ses deux recueils de poésie Psaumes du Bel amour (2010) et Psaumes de l’Espérance (2012), Gérard Bocholier posait radicalement l’épineuse question du je psalmique. Il justifiait ainsi l’appellation de psaume pour sa poésie : « Je pourrais le définir comme un prélude lyrique de la prière, une méditation préalable à l’invocation, un exercice spirituel qui s’efforce à la plus grande simplicité, dans la fidélité à l’Esprit qui l’a fait jaillir. »

Le poème exercice spirituel affine heureusement cette confuse identification entre parole biblique et parole humaine. Il n’est plus d’abord question de psaume mais de poème, sous forme d’aphorismes et non de quatrains en heptasyllabes. La vision du poème comme « exercice spirituel » n’est pas nouvelle, depuis la parution d’un important dossier dirigé par Max-Pol Fouchet dans la revue Fontaine (n°19-20 de mars-avril 1942), jusqu’à la récente reprise par la revue Sorgue (n°6 de 2006).

Cahier de L’Herne Maurice Blanchot (dirigé par Eric Hoppenot et Dominique Rabaté, Paris, L’Herne, 2014, 403 pages)

Quel homme fut moins visible sur la scène des lettres, se retirant tout entier derrière ce qu’il écrit, ne laissant rien paraître de soi que sa passion pour la littérature – mais peut-on dire qu’elle lui est propre, au point de le définir lui ? Sa présence n’en est pas moins forte, son héritage immense. De Kafka, il écrivait (dans L’Amitié, p. 289) que sa vie avait été « un combat obscur, protégé par l’obscurité » - mais c’est de lui aussi qu’il parlait. Nous avons appris de Blanchot que l’écrivain, malgré les livres qui s’ajoutent aux livres, malgré cette parole incessante qui s’appelle littérature et à laquelle il se voue, ou bien à cause précisément de cette parole, ne rêve que de silence, de retourner au silence. Ecrire n’est pas s’affirmer mais s’effacer – étrange vérité que révèle seule l’expérience d’écrire. Et ce jusqu’à cet effacement dernier : la mort, qui semble rendre ce silence irréversible. La mort d’un écrivain est comme la mort d’un ami : même si nous ne l’avons jamais connu, jamais rencontré, même si nous n’avons jamais échangé avec lui aucune parole, elle nous laisse devant un vide effroyable. Est-ce pour combler l’insupportable de ce vide que paraissent d’autres livres ?

Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui, Silène éditions, 2012

Pourquoi personne ne m’avait mis ce livre dans les mains, sous les yeux, dans ma besace, sur ma table, au fond d’une nuit errante, dans la rosée d’un matin clair ? Pourquoi donc ce livre a-t-il mis tant d’années à me parvenir et pourquoi donc, depuis que je l’ai lu le cœur en feu, chaque fois que je glisse le nom de son auteur à des amis, sauf quelques rares exceptions, ils ne le connaissent pas ? Pourquoi un tel silence autour de ce qui est un joyau de la littérature du dernier siècle ? Un joyau sans brillance, ou de la brillance toute en espérance du charbon – sous des siècles d’une terrible pression de la terre, il se fait diamant. Le monde commence aujourd’hui, heureusement réédité en 2012 par les éditions Silène, est un livre que vous ne manquerez pas de copier par page entière, de corner, d’en griffonner les marges qui sont aussi celles de votre vie car Jacques Lusseyran l’a écrit pour vous. 

Cristina Campo, mystique absolue, ou la recherche de la sprezzatura


 

Cristina de Stefano, Belinda et le monstre, vie secrète de Cristina Campo, Le Rocher, coll. Biographie, 2006, 17,00 euros.

La Noix d’Or, L’arpenteur-Gallimard, 2006, Trad. de l’Italien par Monique Baccelli et Jean-Baptiste Para. 19,50 euros.

Lettres à Mita, L’Arpenteur-Gallimard, 2006. Postface de Margherita Pieracci Harwell. Trad. de l’Italien par M. Baccelli. 31,50.

 

« Dans la nuit de ma nuit un diamant étincelle »

Livre des Sources, de Gérard Pfister, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

" Si vous voulez être éditeur, renoncez vous-même à écrire ». Tant d’exceptions éclatantes - Érasme, Blake, Balzac... confirment la règle de Gaston Gallimard, qu’elles deviennent la règle, à laquelle ne déroge pas Gérard Pfsister. On connaît l’éditeur d’Arfuyen comme poète et essayiste fécond, on le découvre romancier, avec un coup d’envoi qui est un coup de feu. Le livre des sources est de la dynamite. Mais il ne pulvérise les rochers que pour libérer les sources, car ce récit hors du commun, malgré ses enjeux graves, coule de source ; de sources plutôt, sans monolithisme. Limpide roman historique et métaphysique dont l’énigme est la confiscation par l’hitlérisme du plus lumineux courant de la pensée européenne, celui de la mystique rhénane... Ce n’est pas rien, mais à hauteur de ce Rien s’élèvent la composition, magistrale, et la réflexion, profonde, sur l’humanisme, sur la Lettre et l’Esprit - Heidegger et Hitler ne disaient-ils pas, apparemment comme Maître Eckhart, que l’homme est Dieu ?

La nécessaire gravité

Réginald GAILLARD, L’attente de la tour, Ad Solem, Paris, 2013

Le poème commence par la mort d’une jeune Réginald Gaillard Ad Solemfemme. Elle flatte l’encolure d’un cheval, lui donne un sucre, « puis glisse dans les plis de la mort et se couche, lasse / sur le flanc, dans l’herbe grasse, délicieuse, / – Prions. » Nous n’en sortirons plus. Au pas d’un vers empreint de sévérité et de haute exigence, nous marcherons sans un mot avec le récitant, portant la même douleur, longeant les mêmes tombes, traversant la chute sans fin qu’est le deuil. Une même gravité nous habille, qui fait s’évanouir la fausseté, les compromis de la paresse, la joie sans vie, les subterfuges lassants. Il ne reste que le froid de la mort et, à son toucher, le mystère noir de la vie. Plus loin, des tableaux. La ville inutilement mondaine.

Claude Vigée

Claude Vigée, Mélancolie solaire. Orizons, 2009. 29 euros.

L’ouvrage pluriel associe en son titre les deux versants de la personnalité et de la vie de son auteur. L’ombre et la lumière, la mémoire et la foi en l’avenir malgré tout, caractérisent le trajet de ce « conteur penseur » de l’existence et de l’Histoire. Les deux dernières pages qu’Anne Mounic écrit en guise de conclusion, d’hommage et de reconnaissance, traduisent très justement tout moment partagé avec Claude Vigée, illuminant et fraternel dans la simplicité des relations que l’authenticité même réclame. Ce livre déploie ses « ailes souffles des oiseaux de la mémoire » aussi bien dans le contact direct des entretiens que dans les écrits de l’auteur où se conjuguent « l’évocation de la douleur la plus térébrante et l’éclat de rire devant la sottise de l’existence ». Claude Vigée est un Être transitif pour « une œuvre transitive ». Il s’inscrit dans le partage. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut aborder le livre, et tout particulièrement les entretiens avec Anne Mounic qui ont eu lieu au domicile de l’écrivain entre le 10 septembre et le 26 décembre 2007. Pour ouvrir les entretiens, Anne Mounic rappelle la situation actuelle chaque jour où elle rencontre l’écrivain.

Jean Mettelus

Jean Métellus, Braises de la mémoire, Poème, Les éditions de Janus, 15 euros. 2009.

C’est dans le cadre d’un triptyque que se compose ce nouveau recueil poétique de Jean Métellus autour de mono titres, « Haïti », « Les mots » et « Humeurs ». Nous reconnaissons immédiatement le poète passionné et critique, engagé et lyrique, associant l’effervescence à la douleur au nom d’une île originaire sans cesse invoquée avec des images foisonnantes dans la fièvre de la parole poétique. Les mots sont soulevés par la force de suggestion conduite par la passion même de celui qui se souvient de l’espace duquel il s’est expatrié. Haïti est d’ailleurs plus qu’un espace, c’est une respiration à elle seule. Métellus l’appelle, la rend présente en un seul mot proclamé en première place et en anaphore. Haïti devient comme le centre du monde intime de ce poète, inoubliable, remémorée dans tous les sens et par tous les sens. Cette île est une incantation à elle seule. Haïti est le « reposoir de [ses] sens ».

Haïti,

Chanter son charme magique (…)

Avec quelques mots seulement, le lecteur se retrouve embarqué dans le rythme de l’invocation et de la vénération. Cette île natale lyrique offre des images dont l’impact sonore et visuel marque la mémoire. Elles associent ce qui est le plus matériel au plus abstrait.

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