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Histoire

LES CLEFS DE LA SYNAGOGUE

Gérard CHOLVY, Marie-Benoît de Bourg d’Iré (1895-1990). Un fils de saint François « Juste des nations », Cerf histoire, 2010

4000 ? 4500 ? De combien de sauvetages de Juifs pendant la guerre fut-il exactement l’artisan, ce Pierre Péteul, fils d’un modeste meunier angevin, devenu Père Marie-Benoît chez les Capucins, auquel le professeur Cholvy consacre cette biographie très complète ? « Père des Juifs », « résistant sous le froc », « roi des faussaires », comme le présentèrent quelques articles de l’immédiate après-guerre, mais aussi intellectuel et directeur spirituel versé dans la tradition « séraphique » de son Ordre, il fut évidemment l’un des premiers reconnus par le mémorial Yad Vashem parmi les « Justes des nations » : dès 1964, et le septième d’origine française.

UN « ELEPHANT DANS UN MAGASIN DE PORCELAINE » ?

Étienne FOUILLOUX, Eugène cardinal Tisserant - une biographie, DDB, 2011, 718 p

L’Eglise de France compta au siècle dernier peu de cardinaux de Curie : Eugène Tisserant (1884 - 1972) fut certainement, avec le cardinal Villot, le plus important d’entre eux et celui dont la trace est restée la plus profonde, sanctionnant plus de soixante ans de présence romaine au service de six Pontifes. Prince de la Renaissance, amateur de pouvoir, d’intrigues et de côteries ? Ou, comme le décrivait l’ambassadeur de France auprès du Vatican en 1940, « éléphant dans un magasin de porcelaine », exotique et trop peu diplomate pour ne pas détonner dans une cour pontificale confinée et trop italienne (p.292) ? Eminente par devoir d’état, ombrageuse et redoutée pour sa franchise bourrue, placée par sa longévité, sa nationalité et ses innombrables missions en position de confiance ou d’influence, la figure du cardinal lorrain a longtemps nourri les mythographies vaticanes scabreuses.

La Russie et la tentation de l’orient

Lorraine de Meaux, La Russie et la tentation de l’orient (Fayard, 2010)

L’IDÉE RUSSE : une grande part de la littérature et de la philosophie russe au XIXe siècle a été absorbée par ce projet de définir l’essence de la Russie, « l’âme russe », le destin de la Russie dans l’histoire de l’humanité, une quête empreinte de messianisme, parfois d’eschatologie. La question s’est cristallisée, devenant une ligne de partage de la vie intellectuelle et spirituelle, au moment du débat qui a opposé les Occidentalistes aux Slavophiles à partir des années 1840. Longtemps ce débat a surtout été envisagé dans le miroir de l’Occident : il s’agissait de voir comment les Russes admiraient ou rejetaient l’Occident, quelle philosophie occidentale les séduisait ou les révulsait, bref de savoir dans quelle mesure ils étaient ou non d’Europe. Une telle approche a été le fait même de penseurs russes, comme Alexandre Koyré dans La philosophie russe et le problème national au début du XIXe siècle, comme de russophiles occidentaux comme Isaiah Berlin dans Les penseurs russes. Et l’on avait tendance à s’en tenir à ce point de départ, par entièrement faux d’ailleurs.

L’autre French theory ou Saint Thomas en Amérique du Nord au XXe siècle

A propos de Florian Michel, La pensée catholique en Amérique du Nord. Réseaux intellectuels et échanges culturels entre l’Europe, le Canada et les Etats-Unis, Desclée de Brouwer, Paris, 2010

Voilà un titre pour le moins énigmatique, qui mérite quelques explications. Ce qu’il est convenu d’appeler French theory désigne l’influence exercée outre-Atlantique par des penseurs français comme Derrida, Foucault ou Deleuze, phénomène dont la synthèse de François Cusset avait rendu compte il y a quelques années. Il s’agit ici d’autres penseurs français – Etienne Gilson, Jacques Maritain, Marie-Dominique Chenu, Yves Simon – qui ont eux aussi exercé une influence considérable, mais celle-ci est beaucoup moins médiatisée (en France, car aux Etats-Unis il en est tout autrement : Jacques Maritain et Saint-John Perse ont été les seuls représentants des lettres françaises lors de l’investiture de Kennedy...). Et pourtant ! Et pourtant ce livre de Florian Michel montre deux choses. D’abord que le transfert du thomisme français au Canada et aux Etats-Unis au XXe siècle est un événement majeur largement ignoré, à commencer par l’influence considérable exercée par Maritain au moment de la fondation de l’ONU ou de la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme de 1948 affichée dans toutes les salles de classe de France.

Une leçon d’histoire à méditer

Dominique Avon, Les religions monothéistes des années 1880 aux années 2000, Ellipses, 2009

Ce livre n’a aucun équivalent. Ni en français, ni ailleurs. Dominique Avon nous propose en quelques 340 pages une synthèse de l’histoire des monothéismes (christianisme, islam, judaïsme et aussi leurs contemporains) de la fin du XIXe siècle à nos jours. La simple tentative vaut à elle seule le détour : en effet, dans les études du « fait religieux » la démarche est d’ordinaire cloisonnée, au mieux comparative, mais jamais diachronique. Le pari de Dominique Avon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université du Mans, est de montrer qu’une histoire commune est possible, qu’elle montre les porosités entre les religions, des respirations parfois décalées, souvent au même rythme. Si le projet est ambitieux, sa réussite mérite des louanges. Car la synthèse impressionne par son érudition, la clarté d’exposition malgré la diversité des lieux et moments évoqués. Mais le projet réussit car une démarche est clairement mise en place : pas de téléologie, pas de prise de partie sur la sécularisation ou le retour du religieux, bref le souci constant d’une distance certes apodictique, mais nécessaire.

L’art délicat de la biographie

Cécile Rastoin, Edith Stein (1891-1942), Enquête sur la Source (Cerf, 2007) Claude Markovits, Gandhi (Presses de Sciences Po, 2000)

Le hasard des rayons de librairie m’a fait lire successivement deux biographies fort différentes l’une de l’autre, et tout autant riches d’enseignement sur ce que peut être une vie. Ecrire la vie d’Edith Stein et de Mohandas Karamchand Gandhi pose des difficultés similaires, une fois laissé de côté l’écart entre la renommée des deux personnes. Une des premières difficultés est d’échapper à l’hagiographie, et nos deux biographes ont bien pris soin de s’en démarquer dès l’introduction de leurs livres, mais aussi par leur méthode critique, soucieuse d’user et de croiser les sources, soucieuse aussi de se positionner au regard des autres biographies. Le biographe n’écrit jamais seul : le croire est source de graves désillusions, et même d’une faute plus sérieuse, nous le reverrons. L’autre difficulté est d’écrire la vie de deux fortes personnalités qui ont cherché la cohérence de leur vie. Cela s’entend de deux façons : d’une part parce que tant Edith Stein que Gandhi ont été portés à la cohérence de leur vie, sans cloisonner entre vie publique et vie privée, entre action politique et chemin spirituel ; d’autre part parce que par leurs écrits, leur image dans le cas de Gandhi, ils ont formulé cette cohérence.

La théologie, une affaire commune

Au sujet de Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980, D. Avon et M. Fourcade dir

Dominique Avon et Michel Fourcade, sous la direction de, Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980, Colloque de Montpellier, juin 2007, Karthala, 2010.

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